Le Sommet du hockey féminin

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Par Barbara Ravel

Le samedi 19 juin 2021, « c’est plus d’une soixante d’intervenants, de bénévoles, d’entraîneurs et de joueuses qui ont pris part au premier Sommet du hockey féminin. Durant cette journée de discussions, plusieurs constats et observations ont été faits avec l’objectif d’amener notre sport à développer son plein potentiel » (Centre 21.02). Le Sommet était organisé par le Centre 21.02 et portait sur le hockey féminin au Québec (même si son contenu pouvait sans aucun doute s’appliquer à d’autres contextes). Il s’agissait de différents panels et discussions en plus petits groupes qui étaient, à une exception partielle près, conduits exclusivement en français. Le Centre 21.02 est un organisme à but non lucratif qui a été fondé en 2019 et qui est « le seul Centre de haute performance en hockey reconnu par les autorités compétentes, soit Hockey Québec » et est « basé à l’Auditorium de Verdun à Montréal » (Centre 21.02, 2021). BFL Canada et Sun Life sont des partenaires fondateurs et Geoff Molson des Canadiens de Montréal est également un des partenaires stratégiques du Centre (Centre 21.02, 2021). Le Centre 21.02 est le domicile d’Équipe Bauer de la PWHPA. Marie-Philip Poulin, Ann-Renee Desbiens, Laura Stacey, Ann-Sophie Bettez, et Jessie Eldridge étaient quelques-unes des joueuses autorisées à pratiquer et se préparer pour le très attendu et unique showcase de 2020-2021 en sol canadien pour le Dream Gap Tour Secret de la PWHPA. C’est grâce au Centre 21.02 que les joueuses d’Équipe Bauer ont été en mesure de s’entraîner ensemble durant la pandémie alors qu’Équipe Sonnet (Toronto) et Équipe Scotiabank (Calgary) ont rencontré beaucoup plus d’obstacles en raison des protocoles dû à la Covid-19. Le Centre 21.02 est sans doute une des grandes raisons derrière le succès d’Équipe Bauer dans la Coupe Secret du volet canadien du Dream Gap Tour.

Malgré quelques difficultés techniques dues à l’organisation d’un événement complètement virtuel, la journée a plus ou moins suivi son horaire original. Le tout a commencé avec 10 minutes de discours de la part de différents politiciens et partenaires, ainsi qu’une courte vidéo du Centre avec de la musique entrainante. Danièle Sauvageau, Présidente du Centre et ancienne entraineure-chef d’Équipe Canada (elle a mené le Canada à sa première médaille d’or olympique le 21 février 2002, la date devenant éventuellement partie intégrante du nom du Centre), a donné un bref récapitulatif des accomplissements du Centre dans la dernière année : plus de 100 sessions d’entrainement, 33 joueuses participant à des pratiques sur glace, un championnat, et de multiples joueuses faisant partie de la centralisation olympique. Tout ça durant une pandémie.

La première présentation était par deux femmes d’Égale Action, un organisme à but non lucratif dédié aux femmes en sport au Québec. Leur présentation de 25 minutes portait sur l’équité dans le sport et, plus précisément, sur comment assurer le recrutement et la rétention des filles et des femmes en sport. Des chiffres provenant du Québec par rapport à la participation en tant qu’athlètes et par rapport aux postes administratifs/de leadership (e.g., entraineure-chef, entraineure-adjointe) ont été fournis. Les présentatrices ont notamment mis l’accent sur l’importance d’avoir au moins une zone paritaire si la parité parfaite n’était pas possible. Cette zone a été définie comme un environnement dans lequel « le nombre de femmes et d’hommes ne descend jamais sous le taux de 40% et ne dépasse jamais 60% en terme de représentation ». Elles suggèrent que dans ce contexte les voix de tout le monde sont entendues, même si moins de femmes sont présentes par exemple.

Les présentatrices ont ajouté que ce n’était « pas juste hommes-femmes, on est plus que ça. On veut une représentation qui nous amène dans une compréhension de l’intersectionnalité. » Ceci dit, avec elles paraissant toutes deux blanches comme toutes les invitées du Sommet (un invité était noir mais ne faisait pas partie du programme officiel — plus sur cela à la fin de l’article), et les participants qui avaient mis leur caméra semblant aussi blancs, on se doit de questionner l’application de l’intersectionnalité.

Une des forces de leur présentation, à mon avis, était les multiples ressources qu’elles ont partagées et qui étaient disponibles sur leur site web pour toute équipe ou organisation qui souhaiterait les utiliser. Elles ont aussi mentionné l’existence d’outils similaires sur le site de Femmes et sport au Canada où les ressources présentent alors l’avantage d’être offerts dans les deux langues, français et anglais. La présentation a été suivie d’un court récapitulatif par Stéphanie Poirier, une des entraineures du Centre, qui a indiqué, entre autres, combien il y avait de femmes entraineures ou présidentes de région/membres du Conseil d’administration de Hockey Québec (la réponse est 2,8% et 0% respectivement).

Le premier panel était sur le futur du hockey professionnel et comportait trois panélistes : Melody Davidson, dans le passé avec Hockey Canada dans différents rôles (e.g., Entraineure-chef d’Équipe Canada en 2006 et 2010, Directrice générale d’Équipe Canada) et actuellement avec À nous le podium ; Caroline Ouellette, quatre fois championne olympique (2002, 2006, 2010 et 2014), capitaine d’Équipe Canada en 2014, et présentement Entraineure-chef associée de l’équipe féminine de hockey des Stingers de l’Université Concordia ; Isabelle Leclaire, ancienne joueuse d’Équipe Canada et Entraineure-chef de l’équipe féminine de hockey des Carabins de l’Université de Montréal depuis la création de l’équipe en 2008. Danièle Sauvageau agissait en tant que modératrice pour le panel en posant des questions et en résumant/traduisant durant les échanges. Ce fut la seule portion de la journée en partie en anglais.

Les trois panelistes ont suggéré des éléments-clé nécessaires pour développer le hockey féminin au plus haut niveau : davantage de postes d’entraineurs à temps plein ; mentorat pour aider les anciennes joueuses à faire la transition vers l’entrainement ; des centres similaires à celui de Montréal ailleurs au Canada ; et des discussions entre la PWHPA et la NWHL pour avoir éventuellement une seule ligue professionnelle.

Les deux thèmes principaux qui ont guidé les premières discussions en petits groupes étaient : la promotion du hockey chez les filles et les femmes et le cheminement d’une joueuse de hockey élite. Les participants étaient invités à se joindre à un des quatre groupes au choix et ensuite réfléchir à plusieurs questions sur le hockey des filles (e.g., comment inciter les filles d’âge primaire de débuter le hockey avec les filles) et le niveau élite (e.g., quel encadrement peut optimiser la préparation au niveau supérieur).

C’est là que c’est devenu intéressant ! J’avais simplement prévu d’assister au Sommet et d’écouter les panels et discussions. Tout cela a changé quand j’ai réalisé que j’étais dans un groupe avec Caroline Ouellette et qu’elle était la seule avec sa caméra allumée. Nous étions neuf à ce moment-là dans le groupe alors j’ai choisi de soutenir Caroline en allumant ma caméra moi aussi. Comme l’a dit Courtney Szto plus tard, je venais d’obtenir une promotion ! Notre groupe a finalement été composé d’une douzaine de personnes mais seulement trois parmi nous, en plus de Ouellette, la modératrice, avaient leur caméra en marche et ont participé aux discussions. Nous avons répondu à chaque question à notre tour pendant que d’autres ont participé par écrit grâce au clavardage. Tout au long des échanges, Ouellette a pris des notes car le Centre a prévu d’écrire un rapport sur le Sommet. J’ai fait de mon mieux pour contribuer en tant qu’ancienne joueuse de hockey, chercheure, et parent de deux enfants, même s’ils ne sont pas des joueurs de hockey. Une des deux autres participantes était Nathalie Déry, une ancienne joueuse des Canadiennes de Montréal devenue entraineure, et elle a logiquement, et fort à propos, partagé son opinion sur les deux sujets. Par rapport à la participation des filles au hockey, les suggestions ont inclus de ne pas cibler uniquement le hockey compétitif mais aussi le hockey récréatif si on souhaite augmenter la participation chez les filles, et d’obtenir un soutien accru de Hockey Québec pour le hockey féminin. En ce qui concerne le développement des joueuses de niveau élite, le premier problème soulevé a été l’identification précoce et la spécialisation trop jeune en raison d’exemples d’éclosions tardives (e.g., Ouellette elle-même, Kim St-Pierre, Ann-Sophie Bettez) ou d’athlètes multisports (e.g., Noémie Marin en balle molle et hockey). Du soutien provenant d’experts tôt dans leur développement semblait crucial pour les joueuses, notamment avec la nutrition et l’entrainement mental. La couverture médiatique du hockey féminin ainsi qu’une ligue professionnelle ont également fait partie des discussions. Pour la dernière question, comment offrir plus d’équité entre le hockey féminin et le hockey masculin, j’ai suggéré que le hockey féminin, que ce soit chez les filles ou chez les femmes, avait besoin de plus de diversité et de stratégies pour attirer et retenir des participantes de différents milieux avec pour objectif, selon moi, de ne pas reproduire le modèle créé par le hockey masculin mais d’être meilleurs pour l’inclusion des joueuses autochtones, noires et de couleur.

Après un pause lunch très appréciée, les participants sont revenus pour le deuxième panel du Sommet avec trois joueuses : Kim St-Pierre, ancienne gardienne de but d’Équipe Canada, trois fois championne olympique en 2002, 2006et 2010 (elle était devant le filet du Canada pour la finale des Jeux Olympiques de 2002) et récemment intronisée au Temple de la renommée du hockey (2020) ; Ann-Renée Desbiens, gardienne de but pour Équipe Canada et Équipe Bauer, identifiée par Danièle Sauvageau comme l’actuelle gardienne numéro 1 du Canada ; et Audrey-Anne Veillette, attaquante pour les Carabins de l’Université de Montréal qui a pratiqué avec Équipe Bauer dans la dernière année. Pour ce panel, « Élever notre sport avec 3 joueuses », des athlètes représentant trois générations différentes de joueuses avec St-Pierre représentant le passé du sport, Desbiens le présent, et Veillette le futur, ont été invitées à partager leur regard sur le hockey. Les participants ont été inspirés par la persistance de St-Pierre et de Desbiens, les deux gardiennes ayant été coupées de leurs équipes respectives avant de s’établir comme gardiennes de but partantes et de jouer au plus haut niveau avec Équipe Canada. Les intervenantes ont aussi été interrogées sur ce qui fait une bonne coéquipière. Ann-Sophie Bettez et Lauriane Rougeau ont alors fait partie des discussions et ont été louangées pour leur professionnalisme ainsi que pour leur loyauté envers leur équipe de Montréal après avoir été exclues de la liste des joueuses centralisées pour les Jeux Olympiques de 2021 juste avant la Coupe Secret de la PWHPA.

Pour les dernières discussions en petits groupes, les participants ont encore été divisés en quatre groupes mais la division a cette fois été faite à l’avance et alphabétiquement. Malheureusement, les progrès dans l’organisation n’ont pas inclus le modérateur pour le groupe auquel j’ai été assignée car une femme a dû prendre la place du modérateur jusqu’à ce qu’il arrive et la relève. Je dois avouer que j’ai été surprise qu’un homme, peu importe ses qualifications (il travaillait pour le Conseil du sport de Montréal), soit en charge du groupe en premier lieu quand les intentions derrière le Sommet étaient d’avoir plus de femmes impliquées dans le sport à tous les niveaux. Les discussions portaient, ironiquement, sur le leadership pour le hockey féminin et les participants de mon groupe étaient des individus impliqués dans le hockey féminin de différentes manières (e.g., entraineure, responsable d’équipe) et provenant de différentes régions, principalement du Québec mais pas seulement. Cela semblait donc une opportunité manquée de mettre une femme en position de leadership, une femme qui, par ailleurs, a fait un travail remarquable de modération dans l’intérim.

Finalement, la journée s’est terminée comme elle avait commencé : avec Danièle Sauvageau, la Présidente du Centre, pour quelques mots de clôture. Sauvageau a mentionné que le Centre allait préparer un rapport des activités du Sommet et a annoncé un deuxième Sommet prévu pour mai 2022. Elle a ensuite présenté les prochaines étapes pour le Centre, notamment une série de matchs à l’automne avec leur équipe de la PWHPA et la journée du hockey féminin au Québec le 13 novembre. Elle a aussi invité Kevin Raphael, une personnalité publique québécoise et le seul invité noir (et non-blanc) du Sommet, pour parler de son don au Centre qui va permettre de financer un camp élite M16 cet été. Kevin Raphael est un des plus grands fans du hockey féminin. Il a produit Gap Year, un documentaire en trois épisodes sur le hockey féminin (https://www.youtube.com/watch?v=2sVUvPTF7xQ), invite régulièrement des joueuses de hockey à son podcast, Sans Restriction (https://baladoquebec.ca/sans-restriction), et a maintenant fait un don monétaire assez important pour défrayer tous les coûts d’un camp pour de jeunes joueuses de hockey. Kevin Raphael était, selon moi, le meilleur promoteur de la nouvelle campagne de financement lancée par le Centre tant son passion et son implication dans le hockey féminin sont sources d’inspiration. De façon plus générale, son enthousiasme par rapport au travail et à la mission du Centre était tout simplement contagieux. Le Centre 21.02, « le tout premier centre d’excellence en hockey féminin reconnu au pays et le premier domicile permanent d’entraînement au Québec, au Canada pour les joueuses élite », a certainement placé la barre très haut avec l’organisation de ce premier Sommet et, malgré quelques lacunes et pépins techniques, on peut se projeter vers l’avant avec espoir. Les Canadiens de Montréal ont peut-être perdu la Coupe Stanley aux mains du Lightning de Tampa Bay mais Montréal, avec Équipe Bauer et le Centre 21.02, est sans aucun doute une ville gagnante.

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