Le hockey est pour tout le monde, incluant le convoi

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Depuis les cinq derniers jours, un groupe auto-proclamé de patriotes occupe les rues autour de la Colline du Parlement à Ottawa (et à la frontière de Coutts dans le sud de l’Alberta). Il a été nommé le « Convoi de la liberté ». Il est supposé que le convoi va grandir en taille dans la fin de semaine et il n’y a pas de plan immédiat pour mettre fin à ce convoi de peur que « faire intervenir la police ne signifie pas la fin de ces manifestations ». Les demandes du convoi vont d’éliminer les mandats de vaccinations à exiger que le Parti Libéral quitte le pouvoir. Les participants du convoi sont des camionneurs et des non-camionneurs, des néo-nazis, des supporteurs de Trump, quelques personnes de couleur, et quelques « joueurs de tambour autochtones » suspicieux. C’est vraiment un groupe très inclusif, j’imagine. Ils exercent leur droits constitutionnels et humains de se réunir et de manifester, et personne ne réfute que c’est leur droit. Mais, le 1er février 2022, Rebel News a posté une vidéo de quelques participants du convoi qui jouaient au hockey dans la rue.

Plusieurs articles ont déjà été écrits à propos des différences de traitement des manifestants du convoi par opposition à ceux du mouvement Black Lives Matter ou des défenseurs des terres autochtones, donc je n’irai pas dans trop de détail ici. Dès que vous réalisez à quelle vitesse les armes de type militaire et les menottes sont sorties quand des groupes autochtones essaient de défendre leur souveraineté et le territoire dont nous bénéficions tous, comparativement à la façon dont le convoi a été traité pour défendre des droits imaginaires qui n’ont pas été enlevés, l’idée d’atteindre une certaine justice raciale est risible. Si, en plus, vous ajoutez les images d’hommes blancs jouant au hockey dans la rue comme moyen de « manifester » à l’ombre de drapeaux nazis, il devient vraiment clair que la suprématie blanche et le hockey sont devenus des complices beaucoup trop à l’aise l’un avec l’autre. Que les choses soient claires, je ne dis pas que ces hommes jouant au hockey dans la rue soutiennent automatiquement des groupes néo-nazis ou leur idéologie, mais leur habileté à jouer au hockey de rue fait partie de leur message politique grâce à l’institutionnalisation de la suprématie blanche (i.e., le privilège blanc de s’approprier des espaces, ce que d’autres ne peuvent pas). Et, si les quelques-uns qui brandissent leurs drapeaux de Trump ou leurs drapeaux nazis semblent à l’aise autour de vous quand vous jouez au hockey, votre silence (ou votre indifférence) est tout le soutien dont ils ont besoin. 

Nous savons que le hockey est un sport historiquement dominé par les blancs. Pourtant, quand on se penche sur la connexion entre suprématie blanche et hockey, les gens deviennent vite défensifs. Qu’est-ce que je veux dire par suprématie blanche ? Je veux dire un système qui privilégie la blancheur et est conçu de sorte à réunir le pouvoir dans les mains des blancs. Parfois, la suprématie blanche se manifeste de façon « anodine », par exemple dans les systèmes de production et distribution des aliments, ce qui rend les personnes noires, autochtones, ou de couleur significativement plus susceptibles d’être affectées par l’insécurité alimentaire. D’autres fois, cela signifie que les groupes de suprémacistes blancs croient qu’ils ont le droit d’avoir du pouvoir sur d’autres. Le hockey est relié à ces deux versions. 

Il y a quelques années, ces affiches ont commencé à circuler autour de Toronto pour faire la promotion des « Étudiants de la civilisation occidentale ». L’affiche indiquait que « si tout le monde est canadien, alors être canadien ne veut rien dire ». L’image qu’ils avaient choisie pour accompagner leur message xénophobe ? Un homme blanc tenant un bâton de hockey. Quand la NFL, la NBA, la WNBA, et la NWSL avaient toutes des équipes de joueurs s’agenouillant pour le mouvement Black Lives Matter, Eric Trump a remercié les joueurs de la LNH pour être restés debout durant l’hymne. Ce sont des fans de la LNH qui ont mis un genou à terre de la part des joueurs qui refusaient de poser ce geste symbolique. La télévision canadienne a autorisé Don Cherry à partager ses opinions xénophobes en onde pendant 40 ans jusqu’à un « vous autres » un peu trop mal placé. Après le meurtre de George Floyd, Kim Davis (vice-présidente en charge de l’impact social pour la LNH) a déclaré que la LNH allait « devoir examiner comment ils allaient s’assurer que ces relations [avec les soirées d’appréciation de la police] puissent continuer à être perçues de façon positive, et de façon positive pour les fans qui se sentent affectés par la brutalité policière ». Hemal Jhaveri a souligné cette contradiction dans la déclaration de Davis : « ce n’est pas possible de réconcilier les deux côtés de ce problème. Soutenir le mouvement Black Lives Matter, comme tant de joueurs de la LNH clament qu’ils le font, veut aussi dire soutenir des réformes de la police drastiques ». Il ne peut pas y avoir d’équilibre entre les soirées d’appréciation de la police et le mouvement Black Lives Matter tant que la police opère comme elle le fait. Les Kings de Los Angeles ont une des politiques d’inclusion les plus progressistes de la ligue et ils ont pourtant tenu une soirée d’appréciation des forces de l’ordre il y a quelques semaines. Il ne s’agit pas de parler de quelques pommes pourries. Il s’agit du fait que le FBI a identifié que « les forces de l’ordre sont infiltrées par des suprémacistes blancs » et que des groupes d’extrême-droite « s’efforcent particulièrement de recruter des membres au sein des forces de l’ordre et de l’armée ». Le Toronto Star a récemment remarqué que les forces de l’ordre canadiennes n’étaient nullement exemptes de cette stratégie de recrutement. C’est un alignement stratégique afin de gagner accès au pouvoir, à des armes, à de l’entraînement, mais aussi avec le savoir qu’il y a de la sympathie pour une certaine vision de la justice au sein de ses rangs. Il y aussi eu peu de conséquences pour les officiers qui ont été reconnus d’avoir des liens avec des organisations suprémacistes blanches. 

Tout cela pour dire que les opinions des suprémacistes blancs semblent aussi à leur place dans le milieu du hockey qu’elles le sont dans les forces de l’ordre parce qu’on leur en a donné la possibilité. Le hockey a été trop inclusif. 

Quand Kelly Loeffler, ancienne propriétaire du Dream d’Atlanta dans la WNBA et sénatrice de l’état de Georgia, a dit qu’elle ne soutenait pas les déclarations politiques sur les terrains de basket-ball, incluant Black Lives Matter, ses propres joueuses l’ont chassé de la ville. Elles ont travaillé fort pour renverser son siège au Sénat en faveur du candidat démocratique Raphael Warnock et ont remplacé son siège à la table des propriétaires avec des gens qui soutenaient leur vision de l’égalité et de la justice. Elles ont éliminé le racisme du système. Elles n’ont pas embauché de femme noire pour « contrebalancer » la présence de Loeffler. Elles ont éliminé le problème. Mais soyez sans crainte, la valeur de Loeffler est encore évaluée à environ 800 millions $. Elle n’a pas été éliminée. Le problème du hockey est qu’il procède rarement à des éliminations. Il élimine uniquement des gens quand ça va vraiment mal. Du coup, nous avons désormais un sport qui essaie désespérément de se développer en incluant des groupes qui ont été historiquement exclus ou ostracisés, mais les mélanger avec des racistes et des xénophobes qui considèrent le hockey comme leur espace privilégié d’expression individuelle est en soi une forme de violence.

Comme Mary Louise Adams, PhD, a écrit en 2006 dans des termes qui sont de plus en plus d’actualité, « si le hockey, c’est la vie au Canada, alors la vie au Canada demeure définitivement masculine et blanche » (traduction libre, p. 71). L’image des « manifestants » du convoi jouant au hockey dans la rue amplifie cette réalité quand ces derniers mois (1) un joueur de hockey Junior B de l’Ile du Prince Édouard (IPÉ) a été suspendu indéfinimentpour avoir exprimé ses réserves quant à la manière dont sa ligue avait géré un incident de racisme (la suspension a éventuellement été renversée mais la première réaction du hockey est toujours de se faire l’avocat du diable au lieu de condamner fermement le racisme); (2) Mark Connors a été victime d’insultes racistes dans un tournoi sur l’IPÉ; et (3) Jordan Subban a été la cible de comportements racistes dans la ECHL. Le hockey a trop utilisé la phrase « il y a des gens bien des deux côtés » alors si ceux qui sont au pouvoir se sentent mal à l’aise quand ils voient leur sport favori associé à des drapeaux de Trump, à des symboles nazis, et au dédain envers les journalistes, il doit être considérablement moins inclusif pour se développer. Ma crainte est que les gens en position de pouvoir se sentent plus embêtés par la situation que mal à l’aise. 

One thought on “Le hockey est pour tout le monde, incluant le convoi

  1. Pingback: Hockey is for everyone, including the convoy | Hockey in Society / Hockey dans la société

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